Alcool et goutte : quel alcool choisir, et combien, pendant les fêtes
Bière, vin, champagne, spiritueux : lequel fait le plus monter l'acide urique, à partir de combien de verres le risque de crise augmente, et comment passer les fêtes sans crise.
Alcool et goutte : quel alcool choisir, et combien, pendant les fêtes
En bref : la bière est l'alcool le plus lié à la goutte, les spiritueux un peu moins, le vin le moins. Mais quand on a déjà la goutte, tous les alcools augmentent le risque de crise dans les 24 heures, vin et champagne compris, et ce risque grimpe avec le nombre de verres. Aucune quantité n'est garantie sans risque. Si vous buvez pendant les fêtes : une ou deux coupes plutôt que des bières, un verre d'eau entre chaque verre, et jamais l'estomac vide.
Pourquoi l'alcool fait monter l'acide urique, même sans purines
La goutte vient d'un excès d'acide urique dans le sang, qui finit par former des cristaux dans les articulations. On pense souvent aux purines des aliments, mais l'alcool agit surtout autrement, de trois façons :
- Il fait fabriquer plus d'acide urique. Pour éliminer l'alcool, le foie consomme beaucoup d'énergie, et cette dépense produit de l'acide urique.
- Il freine son élimination. En se dégradant, l'alcool produit de l'acide lactique, qui entre en concurrence avec l'acide urique dans les reins : celui-ci est moins bien évacué dans les urines.
- Il déshydrate. Moins d'eau, c'est un acide urique plus concentré, qui cristallise plus facilement.
La bière cumule un quatrième défaut : elle apporte en plus des purines, issues du malt et de la levure. C'est pour cela qu'elle arrive en tête.
Bière, vin, champagne, spiritueux : le comparatif
| Boisson | Purines (mg/100 ml) | Purines par verre | Lien avec la goutte |
|---|---|---|---|
| Bière blonde (25 cl) | 11,8 | ≈ 30 mg | Le plus fort |
| Cidre brut (25 cl) | 7,4 | ≈ 19 mg | Alcool + sucres |
| Whisky, vodka, rhum (3 cl) | 5 à 5,5 | ≈ 2 mg | Moyen |
| Vin rouge ou blanc (10 cl) | 4,9 à 5,6 | ≈ 5 mg | Le plus faible, mais réel |
| Champagne (coupe de 10 cl) | 5 | ≈ 5 mg | Comme le vin |
Purines : base de données Ça Goutte!. Vous remarquerez que les purines ne suffisent pas à expliquer le classement : un whisky en apporte moins qu'un verre de vin, et pourtant les spiritueux sont plus liés à la goutte. C'est l'alcool lui-même qui compte.
Ce que disent les études
La grande étude de référence a suivi plus de 47 000 hommes pendant 12 ans. Chaque bière quotidienne augmentait le risque de développer une goutte d'environ 49 %, chaque verre de spiritueux quotidien d'environ 15 %, tandis que le vin, avec modération, n'était pas associé à un risque supplémentaire (Choi et al., The Lancet, 2004).
Mais cette étude portait sur l'apparition de la maladie. Chez les personnes qui ont déjà la goutte, une étude plus récente sur 724 patients a regardé ce qu'ils avaient bu dans les 24 heures avant une crise. Le risque de crise était multiplié par 1,36 après un à deux verres, et par 1,51 après deux à quatre verres, quel que soit l'alcool, vin compris. Plus on boit, plus le risque augmente (Neogi et al., American Journal of Medicine, 2014).
À retenir : le classement bière, spiritueux, vin vaut pour le risque de devenir goutteux. Une fois qu'on l'est, chaque verre compte, quel qu'il soit. C'est pourquoi les recommandations du Collège américain de rhumatologie conseillent de limiter l'alcool à toutes les personnes atteintes de goutte (ACR, 2020).
Combien de verres ? Le degré compte moins que la quantité
Ce qui fait monter l'acide urique, c'est la quantité d'alcool pur avalée, pas le degré affiché sur la bouteille. En France, un verre standard contient environ 10 g d'alcool pur, et ces trois verres en contiennent autant :
- une bière de 25 cl à 5 % ;
- un verre de vin ou une coupe de champagne de 10 cl à 12 % ;
- un whisky de 3 cl à 40 %.
Pour tout le monde, les repères de Santé publique France sont de ne pas dépasser 2 verres par jour, pas tous les jours, et 10 verres par semaine. Avec la goutte, il n'existe pas de seuil garanti : le risque de crise augmente dès un à deux verres. Le plus sûr pendant une période de crises répétées est de ne pas boire du tout, et d'en parler avec votre médecin.
Passer les fêtes : 7 réflexes
- Un verre d'eau entre chaque verre d'alcool, et au moins 2 litres d'eau dans la journée.
- Jamais l'estomac vide : buvez pendant le repas, pas en attendant qu'il commence.
- Choisissez votre verre : une coupe de champagne ou un verre de vin plutôt que plusieurs bières.
- Méfiez-vous des cocktails sucrés : sodas et jus de fruits apportent du fructose, qui fait lui aussi monter l'acide urique.
- Comptez sur plusieurs jours : le 24, le 25 et le 31 s'additionnent. Gardez des journées sans alcool entre les grands repas.
- N'arrêtez surtout pas votre traitement de fond pendant les fêtes : c'est une cause fréquente de crise.
- Pas d'alcool pendant une crise, ni dans les jours qui suivent.
La bière sans alcool peut dépanner, mais elle contient encore des purines : notre article bière sans alcool et goutte fait le point. Pour le repas lui-même, lisez notre guide repas de Noël et goutte. Et si une crise survient dans la nuit, voici comment réagir.
Savoir ce qui déclenche vos crises
Chaque personne réagit différemment : certaines supportent un verre de vin, d'autres font une crise après deux bières. Dans l'application Ça Goutte!, vous notez vos repas et vos verres comme n'importe quel aliment, ainsi que vos crises. Vous voyez ensuite ce que vous aviez mangé et bu les jours d'avant, ce qui aide à repérer vos propres déclencheurs, et à en parler à votre médecin.
Questions fréquentes
Quel est l'alcool le moins mauvais pour la goutte ?
Le vin, et le champagne qui est un vin, sont les moins associés à la goutte, alors que la bière l'est le plus. Mais chez les personnes qui ont déjà la goutte, tous les alcools augmentent le risque de crise dans les 24 heures. Le « moins mauvais » reste donc celui qu'on boit en petite quantité.
Le champagne est-il mauvais pour la goutte ?
Le champagne contient très peu de purines, environ 5 mg pour 100 ml, mais c'est de l'alcool : il fait monter l'acide urique par lui-même. Une à deux coupes en mangeant, avec de l'eau, est un compromis raisonnable pour un repas de fête.
Combien de verres d'alcool peut-on boire avec la goutte ?
Il n'existe pas de seuil sans risque. Le risque de crise augmente déjà après un à deux verres dans les 24 heures, et davantage au-delà. Pendant une période de crises, le plus sûr est de ne pas boire. Parlez-en à votre médecin, surtout si vous prenez un traitement.
La bière sans alcool est-elle une bonne alternative ?
Elle est préférable à la bière classique, puisqu'elle n'a presque plus d'alcool, mais elle contient encore des purines issues du malt : ce n'est pas une boisson à volonté.
Peut-on boire de l'alcool quand on prend de l'allopurinol ?
L'alcool continue de faire monter l'acide urique, ce qui va à l'encontre du traitement et peut en réduire l'effet. Ne modifiez jamais votre traitement de vous-même : demandez à votre médecin ce qui est raisonnable dans votre cas. Cet article ne remplace pas un avis médical.