← Retour au blog · Alimentation 13 avril 2026 · 5 min

Tomate et crise de goutte : faut-il l'éviter ?

La tomate déclenche-t-elle une crise de goutte ? Découvrez son effet sur l'acide urique et les recommandations nutritionnelles pour les goutteux.

La tomate est généralement compatible avec la goutte : elle contient seulement 11 mg de purines pour 100 g, bien en dessous du seuil critique de 150 mg/100 g à partir duquel un aliment est considéré comme à risque élevé pour les personnes souffrant d'hyperuricémie. Cependant, des études récentes suggèrent que la tomate peut déclencher des crises chez certains patients par un mécanisme indépendant de sa teneur en purines, ce qui justifie une attention particulière.

La goutte est une forme d'arthrite inflammatoire causée par l'accumulation de cristaux d'urate monosodique dans les articulations, elle-même liée à un excès d'acide urique dans le sang (hyperuricémie). La gestion alimentaire est un pilier fondamental de la prévention des crises. La question de la tomate est particulièrement débattue, car cet aliment, longtemps considéré comme neutre, a été identifié comme facteur déclenchant par une part significative des patients. Comprendre pourquoi permet d'adapter son alimentation de façon précise et éclairée.

Teneur en purines de la tomate : un aliment peu risqué

La tomate contient 11 mg de purines pour 100 g selon les données de la base nutritionnelle USDA, ce qui la classe parmi les aliments à faible teneur en purines. À titre de comparaison, les abats atteignent 300 à 400 mg/100 g et les anchois dépassent 400 mg/100 g.

Les purines (composés organiques azotés présents dans les cellules) sont métabolisées par l'organisme en acide urique via l'enzyme xanthine oxydase. Une alimentation riche en purines élève la concentration sanguine d'acide urique (uricémie), favorisant la précipitation de cristaux dans les articulations. Avec seulement 11 mg/100 g, la tomate n'est pas une source significative de purines et ne devrait donc pas, sur ce seul critère, déclencher une crise de goutte.

"La teneur en purines n'est pas le seul facteur alimentaire influençant l'uricémie. Certains aliments agissent via d'autres voies métaboliques, notamment en stimulant la production endogène d'acide urique ou en réduisant son excrétion rénale."

Pourquoi la tomate peut malgré tout déclencher une crise

Malgré sa faible teneur en purines, la tomate a été identifiée comme facteur déclenchant de crises de goutte chez 20 % des patients selon une étude publiée en 2015 dans la revue BMC Musculoskeletal Disorders (Trifiro et al., PubMed). Ce phénomène s'explique par deux mécanismes distincts.

L'acide glutamique et la stimulation de la production d'acide urique

La tomate est riche en acide glutamique (environ 462 mg/100 g selon l'USDA), un acide aminé qui stimule la production endogène d'acide urique via l'activation du cycle des purines. Ce mécanisme, indépendant de la teneur en purines alimentaires, explique pourquoi certains patients observent une élévation de leur uricémie après consommation de tomates, même en quantité modérée.

La richesse en fructose des tomates transformées

Les produits dérivés de la tomate (sauce tomate, concentré, ketchup) sont souvent enrichis en sucres, notamment en fructose. Le fructose (un sucre simple dont le métabolisme hépatique produit de l'acide urique comme sous-produit) est l'un des facteurs alimentaires les plus directement liés à l'hyperuricémie. Une étude publiée en 2010 dans le British Medical Journal (Choi et al.) a établi une corrélation significative entre consommation élevée de fructose et risque de goutte chez l'homme.

Aliment Purines (mg/100 g) Classement risque goutte
Tomate fraîche 11 Faible
Épinards 57 Modéré
Bière (250 ml) Équivalent 14 mg purines + alcool Élevé
Thon en conserve 142 Élevé
Foie de veau 360 Très élevé
Anchois 411 Très élevé
Concentré de tomate 27 + fructose ajouté Modéré à élevé (selon préparation)

Pour en savoir plus sur les aliments à éviter lors d'une crise, consultez notre guide sur comment adapter son alimentation pendant une crise de goutte.

Les données scientifiques sur la tomate et la goutte

Selon une étude de 2015 menée sur 2 051 patients atteints de goutte et publiée dans BMC Musculoskeletal Disorders, la tomate est le quatrième aliment déclenchant le plus fréquemment cité par les patients, après les fruits de mer, l'alcool et la viande rouge. 20,2 % des participants ont déclaré que la tomate précipitait leurs crises.

Les auteurs ont également montré que la consommation de tomates est associée à une uricémie significativement plus élevée dans la population générale, indépendamment d'autres facteurs alimentaires. Ce lien a été attribué à la stimulation de la production d'acide urique par les composés de la tomate, et non à sa teneur en purines.

Cependant, il est important de noter que ces données reposent sur des déclarations de patients (données auto-rapportées) et des études d'observation, qui ne permettent pas d'établir de causalité définitive. Des études interventionnelles contrôlées restent nécessaires pour confirmer ce mécanisme. Vous pouvez consulter les études disponibles directement sur PubMed, la base de données de références médicales.

Tomate fraîche, sauce tomate, jus : toutes les formes sont-elles identiques ?

Non, toutes les formes de tomate ne présentent pas le même niveau de risque pour les personnes souffrant de goutte. La concentration en composés actifs et en sucres varie considérablement selon la transformation.

  • Tomate fraîche : 11 mg de purines pour 100 g, faible teneur en fructose naturel (environ 1,4 g/100 g), forme la moins problématique.
  • Sauce tomate industrielle : souvent enrichie en sucre (3 à 8 g/100 g selon les marques), sel et parfois sirop de glucose-fructose, ce qui augmente le risque via le fructose.
  • Concentré de tomate : concentration accrue de tous les composés de la tomate, y compris l'acide glutamique, avec un effet potentiellement plus marqué sur l'uricémie.
  • Jus de tomate industriel : souvent très salé, ce qui peut favoriser la rétention d'acide urique par compétition avec l'excrétion rénale du sodium.
  • Tomate cerise : composition proche de la tomate fraîche, consommable avec les mêmes précautions.

La règle générale est de privilégier la tomate fraîche en quantité raisonnable (150 à 200 g par repas) et d'éviter les préparations industrielles riches en sucres ajoutés. Pour comprendre l'ensemble des facteurs déclenchants d'une crise, lisez notre article sur les symptômes, causes et traitements de la crise de goutte.

Quelle quantité de tomate est acceptable avec la goutte ?

En l'absence d'antécédent de déclenchement, une portion de 150 à 200 g de tomate fraîche par jour est généralement tolérée par la majorité des patients. Si vous avez déjà observé qu'une consommation de tomates précédait une crise dans les 12 à 24 heures, une éviction temporaire suivie d'une réintroduction progressive est recommandée.

La méthode la plus fiable pour identifier les aliments déclenchants individuels est la tenue d'un journal alimentaire associé au suivi de l'uricémie (taux sanguin d'acide urique). Un taux cible inférieur à 360 µmol/L (6 mg/dL) est recommandé pour les patients sans tophus (dépôts visibles de cristaux d'urate sous la peau), et inférieur à 300 µmol/L (5 mg/dL) pour ceux qui en présentent, selon les recommandations de la Haute Autorité de Santé disponibles sur le site de la HAS.

Si vous ressentez une crise, notre article sur combien de temps dure une crise de goutte vous aidera à mieux comprendre l'évolution des symptômes.

Bénéfices nutritionnels de la tomate : pourquoi ne pas l'éliminer sans raison

La tomate apporte des bénéfices nutritionnels réels qui justifient de ne pas l'exclure sans preuve d'intolérance individuelle. Éliminer un aliment sans motif avéré appauvrit inutilement l'alimentation et peut compliquer l'observance d'un régime alimentaire sur le long terme.

  • Lycopène : antioxydant puissant (composé caroténoïde réduisant le stress oxydatif) présent à hauteur de 2 573 µg/100 g dans la tomate fraîche, avec un effet protecteur cardiovasculaire étudié.
  • Vitamine C : 13,7 mg/100 g selon l'USDA ; la vitamine C a été associée à une réduction de l'uricémie dans une méta-analyse publiée en 2011 dans Arthritis & Rheumatism.
  • Potassium : 237 mg/100 g, favorable à l'excrétion rénale de l'acide urique.
  • Faible apport calorique : 18 kcal/100 g, compatible avec un objectif de contrôle du poids, facteur majeur de réduction de l'uricémie.

La tomate s'inscrit dans le cadre du régime méditerranéen, dont plusieurs études ont montré l'intérêt dans la réduction des marqueurs inflammatoires et la prévention des crises de goutte. Pour approfondir la relation entre alimentation et goutte, notre article sur le café et la protection contre la goutte présente d'autres aliments aux effets surprenants.

L'Assurance Maladie rappelle que la prise en charge de la goutte repose sur une approche combinée médicaments et hygiène de vie ; les informations officielles sont disponibles sur le site Ameli.fr.

Questions Fréquentes

La tomate fait-elle monter l'acide urique ?

La tomate peut augmenter l'uricémie chez certains patients, non pas en raison de sa teneur en purines (11 mg/100 g seulement), mais via sa richesse en acide glutamique qui stimule la production endogène d'acide urique. Une étude de 2015 publiée dans BMC Musculoskeletal Disorders a confirmé cette association dans une cohorte de 2 051 patients. L'effet varie selon les individus : environ 20 % des patients atteints de goutte signalent la tomate comme facteur déclenchant.

Peut-on manger des tomates lors d'une crise de goutte aiguë ?

Durant une crise de goutte aiguë, il est préférable d'éviter tout aliment susceptible d'élever davantage l'uricémie, y compris la tomate si elle a déjà été identifiée comme déclenchant personnel. En l'absence d'antécédent de sensibilité à la tomate, une consommation modérée de tomate fraîche (100 à 150 g) reste généralement acceptable. Consultez notre guide complet sur la crise de goutte aiguë et ses traitements d'urgence pour une prise en charge adaptée.

Le jus de tomate est-il dangereux pour la goutte ?

Le jus de tomate industriel présente un risque plus élevé que la tomate fraîche en raison de sa forte concentration en sodium (jusqu'à 400 mg/100 ml), qui peut interférer avec l'excrétion rénale de l'acide urique, et parfois en sucres ajoutés. Le jus de tomate fait maison, sans sel ni sucre ajoutés, conserve un profil nutritionnel proche de la tomate fraîche. Une consommation de 150 ml par jour reste envisageable si aucun déclenchement n'est observé.

Comment savoir si la tomate déclenche mes crises de goutte ?

La méthode la plus fiable est la tenue d'un journal alimentaire précis, en notant les aliments consommés dans les 24 à 48 heures précédant chaque crise. Si la tomate apparaît systématiquement dans cette fenêtre, une éviction de 4 semaines suivie d'une réintroduction progressive, avec mesure de l'uricémie avant et après, permet de confirmer l'association. Cette démarche doit être accompagnée par un médecin ou un diététicien spécialisé.

Quels aliments remplacent la tomate dans un régime anti-goutte ?

En cas d'éviction de la tomate, le poivron rouge (8 mg de purines/100 g, riche en vitamine C à 127 mg/100 g), la courgette (12 mg/100 g) et le concombre (7,3 mg/100 g) offrent des alternatives légumes à très faible teneur en purines. Ces aliments apportent également des antioxydants et du potassium favorables à l'excrétion rénale de l'acide urique. Pour une vision d'ensemble des adaptations alimentaires possibles, consultez notre guide sur l'alimentation pendant une crise de goutte.

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