← Retour au blog · Alimentation 26 mars 2026 · 5 min

Tomate et acide urique : ami ou ennemi de la goutte ?

La tomate influence-t-elle votre taux d'acide urique ? Découvrez ce que dit la science sur la tomate et la goutte pour mieux gérer votre alimentation.

A half eaten tomato sitting on top of a white table
Photo by Wanasanan Phonnaun on Unsplash

La tomate est globalement compatible avec la goutte : elle contient environ 11 mg de purines pour 100 g, une teneur bien inférieure au seuil des aliments considérés comme problématiques (supérieur à 150 mg/100 g). Cependant, des études publiées entre 2012 et 2015 ont mis en évidence un paradoxe : la tomate peut déclencher des crises de goutte chez certains patients malgré sa faible teneur en purines, en raison d'un mécanisme indépendant lié à la glutamine et à l'acide glutamique.

La goutte est une maladie inflammatoire articulaire causée par l'hyperuricémie (taux d'acide urique sanguin supérieur à 360 µmol/L chez la femme et 420 µmol/L chez l'homme), entraînant le dépôt de cristaux d'urate de sodium dans les articulations. La gestion alimentaire constitue un pilier essentiel de la prévention des crises, et la question de la tomate illustre parfaitement la complexité de cette approche : un aliment peut être pauvre en purines et néanmoins influer sur l'uricémie par d'autres voies biologiques. Comprendre ces mécanismes permet d'adapter son alimentation de manière éclairée et personnalisée.

Quelle est la teneur en purines de la tomate ?

La tomate contient environ 11 mg de purines pour 100 g selon les données de la base nutritionnelle de l'USDA (United States Department of Agriculture), ce qui la classe parmi les aliments à très faible teneur en purines. À titre de comparaison, les abats comme le foie de veau atteignent 250 à 300 mg/100 g, et les anchois dépassent 400 mg/100 g.

Les purines sont des composés organiques azotés naturellement présents dans les cellules vivantes, qui sont dégradées en acide urique lors de la digestion et du métabolisme cellulaire. Plus un aliment est riche en purines, plus sa consommation est susceptible d'élever l'uricémie (le taux d'acide urique dans le sang). La tomate, avec ses 11 mg/100 g, ne constitue donc pas une source significative de purines sur le plan théorique.

Aliment Teneur en purines (mg/100 g) Niveau de risque pour la goutte
Tomate fraîche 11 Très faible
Poulet (blanc) 175 Modéré
Sardines en boîte 345 Élevé
Anchois 411 Très élevé
Foie de veau 260 Très élevé
Lentilles cuites 70 Faible
Épinards crus 57 Faible
Bière (33 cl) 15-20 Élevé (fructose + alcool)

Source : Base de données nutritionnelles USDA (FoodData Central).

Pourquoi la tomate peut-elle déclencher une crise de goutte malgré une faible teneur en purines ?

La tomate peut provoquer une élévation de l'acide urique par un mécanisme indépendant des purines, impliquant la glutamine et l'acide glutamique qu'elle contient, selon une étude de cohorte publiée en 2015 dans la revue BMC Musculoskeletal Disorders (Abhishek et al., 2015). Cette découverte a surpris la communauté médicale et remet en question l'approche purement centrée sur les purines.

Le mécanisme de la glutamine et de l'acide glutamique

La tomate est relativement riche en glutamine et en acide glutamique, deux acides aminés non essentiels. Chez certains patients prédisposés génétiquement, ces acides aminés seraient métabolisés de façon à stimuler la production endogène d'acide urique ou à réduire son élimination rénale. Ce phénomène est encore à l'étude, mais il explique pourquoi la tomate figure parmi les aliments auto-déclarés comme déclencheurs de crises dans plusieurs études épidémiologiques.

Les données épidémiologiques de la Nouvelle-Zélande

Une étude menée auprès de 2 051 patients atteints de goutte en Nouvelle-Zélande (Abhishek et al., 2015, repris et validé par Dalbeth et al.) a révélé que 20 % des participants identifiaient la tomate comme un déclencheur de leurs crises. La tomate se classait ainsi en quatrième position des déclencheurs alimentaires auto-déclarés, après les fruits de mer, l'alcool et la viande rouge. Ces résultats ont été confirmés par des analyses génétiques portant sur plus de 16 000 individus issus de trois cohortes distinctes, mettant en évidence une association entre la consommation de tomates et des marqueurs génétiques liés à l'élimination rénale de l'acide urique.

"Nos résultats suggèrent que la tomate est un déclencheur de goutte biologiquement plausible, et que son effet sur l'uricémie est génétiquement médié, indépendamment de sa faible teneur en purines." — Dalbeth N. et al., BMC Musculoskeletal Disorders, 2015.

Faut-il éliminer la tomate de son alimentation en cas de goutte ?

Non, éliminer systématiquement la tomate en cas de goutte n'est pas recommandé par les autorités médicales, sauf si le patient identifie clairement la tomate comme un déclencheur personnel de ses crises. La gestion de la goutte repose sur une approche individualisée, encadrée par un médecin ou un rhumatologue.

La tomate présente en effet plusieurs bénéfices nutritionnels pertinents pour les patients goutteux :

  • Elle est riche en vitamine C (environ 14 mg/100 g), un antioxydant associé à une légère réduction de l'uricémie dans plusieurs études (Gao et al., 2008, American Journal of Clinical Nutrition).
  • Elle contient du lycopène, un antioxydant caroténoïde qui contribue à réduire l'inflammation systémique.
  • Elle est très faiblement calorique (environ 18 kcal/100 g) et favorise l'hydratation, ce qui est bénéfique pour l'élimination rénale de l'acide urique.
  • Elle apporte du potassium (environ 237 mg/100 g), un minéral qui alcalinise légèrement les urines et facilite l'excrétion de l'urate.

La démarche recommandée est de tenir un journal alimentaire permettant d'identifier les corrélations entre la consommation de tomates et la survenue des crises. Pour adapter votre alimentation de façon rigoureuse, consultez notre guide sur comment adapter son alimentation pendant une crise de goutte.

Quelle forme de tomate est la plus risquée ?

Les produits concentrés à base de tomate (coulis, purée, sauce industrielle) présentent un risque potentiellement plus élevé que la tomate fraîche, en raison de la concentration de leurs composants actifs. Une cuillère à soupe de concentré de tomate contient l'équivalent nutritionnel de plusieurs tomates fraîches, ce qui multiplie l'exposition à la glutamine, à l'acide glutamique et au fructose naturellement présent dans le fruit.

Classement des formes de tomates selon le risque potentiel

  1. Tomate fraîche entière : risque minimal, à consommer avec modération si sensibilité identifiée.
  2. Jus de tomate non salé : teneur concentrée en acide glutamique, à surveiller.
  3. Sauce tomate maison peu cuite : risque intermédiaire.
  4. Coulis et concentré de tomate industriels : concentration maximale des composants actifs, risque le plus élevé parmi les préparations à base de tomate.
  5. Tomate séchée ou confite : très concentrée, déconseillée en cas de sensibilité avérée à la tomate.

Quels autres aliments courants présentent le même paradoxe que la tomate ?

Plusieurs aliments faibles en purines peuvent néanmoins influencer l'uricémie par d'autres mécanismes, notamment via le fructose, l'alcool ou des acides organiques spécifiques. Voici les principaux exemples documentés dans la littérature scientifique.

  • Les jus de fruits sucrés : le fructose (sucre présent dans les fruits et les sirops industriels) stimule directement la synthèse hépatique d'acide urique selon une méta-analyse publiée en 2012 dans le British Medical Journal (Choi HK et al.).
  • L'alcool, y compris la bière sans alcool : l'éthanol augmente la production d'acide lactique qui inhibe l'excrétion rénale de l'urate. Notre article sur la bière sans alcool et la goutte analyse ce point en détail.
  • Le café : à l'inverse, le café contient des acides chlorogéniques qui semblent réduire l'uricémie. Consultez notre analyse de la protection du café contre la goutte.
  • Les épinards et les asperges : longtemps suspectés, leur rôle réel dans le déclenchement des crises est aujourd'hui remis en question par les études récentes.

Ces exemples illustrent que la gestion nutritionnelle de la goutte ne peut pas se limiter à la seule comptabilisation des purines. Pour en savoir plus sur les signes et la prise en charge de la maladie, consultez notre guide complet sur les symptômes, causes et traitements de la crise de goutte.

Recommandations pratiques pour les patients atteints de goutte

Les patients goutteux peuvent consommer des tomates fraîches en quantités raisonnables (une à deux tomates par jour, soit environ 150 à 200 g) sans risque établi, sauf identification personnelle d'une sensibilité. Les recommandations ci-dessous s'appuient sur les lignes directrices de la Haute Autorité de Santé (HAS) et sur les données de PubMed.

  • Tenir un journal alimentaire sur 4 à 8 semaines pour identifier les aliments déclencheurs personnels.
  • Privilégier la tomate fraîche plutôt que le concentré ou les sauces industrielles enrichies en sel.
  • Boire au moins 2 litres d'eau par jour pour favoriser l'élimination rénale de l'acide urique.
  • Ne pas supprimer la tomate sans en avoir discuté avec son médecin ou son diététicien, en raison de ses apports en vitamines C et lycopène bénéfiques.
  • Associer la gestion alimentaire à un traitement médicamenteux hypouricémiant si celui-ci a été prescrit par le médecin traitant ou le rhumatologue.

L'Assurance Maladie (Ameli.fr) recommande un suivi régulier de l'uricémie (tous les 6 mois pour les patients sous traitement) afin d'évaluer l'efficacité des mesures hygiéno-diététiques. Si vous vous interrogez sur la durée et l'évolution de votre maladie, notre article sur combien de temps dure une crise de goutte vous apportera des éléments de réponse.

Pour les patients souhaitant comprendre l'ensemble des complications possibles liées à une hyperuricémie chronique non traitée, nous vous invitons à consulter notre article sur les complications de la goutte et comment les prévenir efficacement.

Questions Fréquentes

La tomate augmente-t-elle vraiment l'acide urique ?

La tomate peut augmenter l'acide urique chez certains patients prédisposés génétiquement, via un mécanisme impliquant la glutamine et l'acide glutamique, indépendamment de sa teneur en purines (11 mg/100 g). Cette sensibilité n'est pas universelle : environ 20 % des patients atteints de goutte identifient la tomate comme déclencheur de leurs crises, selon l'étude de Dalbeth et al. (2015). Une évaluation individuelle, idéalement sous supervision médicale, est nécessaire avant toute exclusion alimentaire.

Combien de tomates peut-on manger par jour quand on souffre de goutte ?

En l'absence de sensibilité identifiée, une consommation de une à deux tomates fraîches par jour (environ 150 à 200 g) est généralement considérée comme compatible avec la gestion de la goutte. Il est recommandé de tenir un journal alimentaire afin d'évaluer l'impact réel sur votre uricémie. En cas de doute, un diététicien spécialisé peut vous accompagner dans la définition de vos portions.

Le concentré de tomate est-il plus dangereux que la tomate fraîche pour la goutte ?

Oui, le concentré de tomate est potentiellement plus problématique que la tomate fraîche car il concentre les acides aminés (glutamine, acide glutamique) et le fructose naturel dans un volume réduit. Une cuillère à soupe de concentré de tomate (environ 18 g) équivaut nutritionnellement à plusieurs tomates fraîches. Les patients identifiant la tomate comme déclencheur de crises devraient prioritairement éviter les formes concentrées.

La vitamine C de la tomate peut-elle compenser son effet sur l'acide urique ?

La vitamine C contenue dans la tomate (environ 14 mg/100 g) possède un effet légèrement uricosurique (favorisant l'élimination de l'acide urique par les reins), documenté par une étude de Gao et al. publiée en 2008 dans l'American Journal of Clinical Nutrition. Cet effet est cependant modeste et ne neutralise pas nécessairement l'impact potentiel de la glutamine chez les patients génétiquement sensibles. La tomate ne doit pas être considérée comme un aliment thérapeutique anti-goutte pour autant.

Que faire si je pense que les tomates déclenchent mes crises de goutte ?

Si vous suspectez un lien entre la consommation de tomates et la survenue de vos crises, notez vos repas et l'apparition des symptômes dans un journal alimentaire pendant 6 à 8 semaines. Partagez ces observations avec votre médecin traitant ou votre rhumatologue, qui pourra orienter la démarche diagnostique et thérapeutique. La suppression d'un aliment ne doit pas être effectuée sans avis médical, afin d'éviter des carences nutritionnelles inutiles.

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